Patrimoine : Au secours d’un moulin mourant à Reillanne, Alpes de Hautes Provence (04) |
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Ce sera la mort inexorable d’un remarquable moulin à blé, si nous ne nous mobilisons pas vite pour le sauver! Le moulin l’Agnelier est l’un de cette vingtaine de moulins à farine, installés au cours des temps, tout au long du Largue qui, depuis son origine à Banon jusqu’à sa jonction avec la Laye, les alimentait en force motrice, l’eau. Certains d’entre eux comportent encore des bâtiments devenus résidences, très peu conservent encore quelques vestiges d’installations meunières, généralement éradiquées par des propriétaires qu’elles encombraient. La plupart ont complètement disparu, un seul avait gardé toutes ces installations, le Moulin Agnelier, que nous nommons aussi le «´Moulin Delestic»ª, du nom d’une dynastie de propriétaires-meuniers l’ayant possédé depuis cent cinquante ans et maintenu intact grâce à l’obstination de son dernier propriétaire, Lucien Delestic Il y a une vingtaine d’années, l’intérêt pour ce moulin détecté par Pierre Martel, étudié par Danielle Musset, maintenant conservatrice de Salagon, avait entraîné son inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques déclarée en 1993. La volonté des Monuments Historiques était de «´Maintenir la compréhension du fonctionnement et transmettre les techniques aux générations futures»ª |
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Le moulin en 2010, Façade sud; |
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Un moulin riche d’appareillages et de savoirs En effet l’ensemble des appareillages du moulin représente l’évolution des différentes techniques depuis la technique de base datant du Moyen Âge, jusqu'à celles des années 1960 que l’on peut encore voir dans les quatre différents niveaux. Le grand bâtiment que l’on peut voir a deux étages. La partie gauche constitue le logis du meunier, la partie droite est uniquement consacrée à l’activité meunière. Le moulin avait été reconstruit en 1859 sur des bases d’un moulin ruiné et la chambre des eaux conservée semble beaucoup plus ancienne. . Son canal démarre par une prise d’eau, 1.300 m. en amont sur le Largue, qui alimentait un réservoir accolé au moulin. Cet important réservoir, quand on voulait moudre, déversait son eau par un canal nommé canon, dans la chambre des eaux, située en sous-sol, 7 m. plus bas. L’eau fouettant les pales d’un rodet horizontal le faisait tourner. Celui-ci était relié par un axe vertical à une meule circulaire en silex et la faisait tourner sur une meule fixe (ou dormante) dans la meunerie située au-dessus, au niveau de la cour du moulin. Ce système simple est la toute première installation, identique à celles déjà mises en oeúuvre au Moyen Âge. Il en reste un rodet à cuillers de bois, déposé tout concrétionné qui n’a pu être sorti lors de son remplacament. Trois autres rodets sont en place, dont un rodet métalique métallique. Les deux plus anciens actionnent directement des meules "à l'ancienne". Plus tard ce fonctionnement a été remplacé par une turbine Francis alimentée par une conduite de diamètre 40 cm env. Le dernier rodet et/ou la turbine, actionnaient un ensemble d'axes de transmission qui par une jeux de multiples poulies et courroies, mettait en marche l'ensemble décrit ci-après. |
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La cave, chambre d'eau des 3 rodets |
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Rodet N° 1 calcifié. On remarque à gauche le canon d'arrivée du jet d'eau et son obturateur, avec la tringle de règlage. A droite la tige et son levier permetant de soulever l'ensemble rodet-meule pour règler la finesse de la mouture. |
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La modernisation: complexité et tintamarre La demande de farines plus pures et raffinées nécessita des appareillages complexes qui permettaient successivement de brosser, laver et sécher le blé, pour le nettoyer parfaitement avant le premier broyage. Après celui-ci il fallait trier les produits obtenus par alternances de tamisages et broyages successifs pour obtenir la séparation du son et autres particules, moins appréciées alors, destinées aux animaux. Du dernier tamis de soie sortait la farine fine et blanche recherchée. D’où la rare complexité de conduites en bois passant au travers des planchers, dans lesquelles circulaient des courroies à godets qui montaient ou descendaient les produits déjà obtenus après leurs différents traitements: Du rez-de-chaussée (stockage) au 2e étage (triage, brossage), de nouveau au rez-de-chaussée (lavage, essorage), puis 2e étage (ventilation, séchage), encore au rez-de-chaussée (broyage) puis le 1er étage (tri par tamisage séparant son, farine, finot, gruau) et hop! au 2e étage (blutoir), et re-descente au rez-de-chaussée (pour un nouveau broyage), et remontée au 2e (pour tamisage au plansichter- qui secoue-) et ceci quelquefois plusieurs fois pour enfin remonter la farine panifiable au 2e étage d’où elle tombait dans des trémies d'ensachage situés au premier ! On imagine le tintamarre de cette machinerie complexe lorsque le moulin fonctionnait. Le parcours invraisemblable des produits à traiter se faisait uniquement par les jeux de courroies à godets grimpant verticalement ou tubes inclinés pour redescendre et effectuer les différentes phases. Il a pu être expliqué par le dernier propriétaire Lucien Delestic à Danielle Musset pour son enquêÍte en vue du classement du moulin. La juxtaposition de machines de différentes époques est exceptionnelle: laveuse, broyeurs de marque différentes:Bülher, Sama, Lafon, blutoirs, plansichiter qui ébranlait tellement le moulin qu’on dut le mettre hors-service, sont autant d’améliorations coûteuses de la famille Delestic pour moderniser le moulin au fur et à mesure des progrès techniques. Ce sont les exigences d’après-guerre qui ont provoqué l’arrêÍt de la meunerie dont la production avant guerre allait jusqu’à Marseille. Gaston et Marie Chrisostome ont aussi bien connu et fréquenté Lucien Delestic et les gens du moulin pour la mouture du grains pour leurs animaux qui seule a persisté en s’amenuisant jusqu’à extinction. Comme Marie, en plus de ses talents de conteuse, est une excellente photographe, elle a pu publier «´Lucien du Largue»ª ( 2005 - Ed. Alpes de LumièËre) livre dans lequel elle évoque les personnages de cette famille et le moulin qu’elle a connus. |
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La salle de mouture. Au premier plan, un emplacement de la meule ancienne avec sa potence de levage. Au fond les trois boyeurs à rouleaux |
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Conduits ramenant aux boyeurs la "marchandise" résultant des tamisages au panister |
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Elévateur à courroie et godets (Nb > 4) |
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